30 mai 2005

Référendum - Erasmus obligatoire (3)

Je suis triste que le oui ne soit pas passé.

Je suis pour l'Europe. Comme tout le monde je me suis posé des questions. Essentiellement, est-ce que cette constitution n'est pas trop libérale ?

J'ai jugé que comme nous étions 25, cette constitution devait être le fruit d'une négociation, d'un compromis, qu'on ne pouvait pas tout avoir, et qu'il fallait faire des concessions.  Qu'il fallait espérer que nos représentants politiques l'avait bien négocié, ce traité. Qu'on ne pouvait pas les accuser d'ultra-libéralisme si on les comparait aux britanniques ou aux polonais (je crois qu'à part dans les pays nordiques, nous sommes les plus à gauche en Europe).

Et puis je ne voulais pas faire partie du camp des gens qui avaient peur (peur de l'entrée de la Turquie - question qui n'avait rien à voir avec ce référendum - peur de l'élargissement, peur de la globalisation). Dans le camp du non,  dans le repli sur soi, les extrêmes se rejoignent. Xénophobie et rejet de la classe politique (même justifié), peur pour les acquis nationaux-sociaux et angoisse identitaire. Je ne voulais pas être de ces gens là.

Et il y a le fait d'être francaise en Suède alors que le débat faisait rage en France : il était beaucoup plus facile de se démarquer de la politique franco-francaise (pas de cédille pour cause de clavier suédois). Plus de recul. On sait ce pourquoi l'on vote. Bien que l'opportunisme des hommes politiques des différents partis et courants soit flagrant (l'aftermath du référendum est écoeurant), on ne prend pas la mouche pour autant (et incidemment on ne vote pas pour protester contre le gouvernement en place). On pense comme un(e) européen(ne). J'ai rencontré des tchèques et des estoniens (je suis allée en Estonie, même brièvement), les "pays de l'est" sont plus concrets pour moi à présent . Les enjeux de ces élections étaient importants, comme l'étaient ceux des présidentielles de 2002. Je trouve très dommage que cela n'ait servi à rien, qu'on ait pas compris que le vote protestataire etait dangereux et irresponsable.

La Suède est très eurosceptique. Il n'y aura pas de référendum ici. Les suédois (9 millions de suédois) sont très attachés à leur privilèges sociaux (le paysage politique en Suède et dans les pays nordiques est plus à gauche que dans n'importe quel pays d'Europe), et j'ai constaté avec étonnement, très attachés à leur identité nationale aussi (c'est une monarchie parlementaire, ils ont refusé l'€). Préférence nationale, socialisme et eurosceptiscisme peuvent aller de pair. Il est aussi à noter aue la Suède se veut un pays "neutre".

Quand on est à l'étranger, on ressent son appartenance à sa nation plus qu'à l'accoutumée. Je ne me dis pas que je suis francaise en France. Je le faisais aux Etats Unis, au Vietnam, au Togo, je le fais ici aussi. Mais à présent, tout comme sur mon passeport, où il est mentionné que je suis citoyenne européenne, s'ajoute une nuance supplémentaire :  la conscience d'être européenne. Quand on parle du coût du voyage en Norvège avec notre amie tchèque, c'est en € qu'on le fait. Ca à l'air de rien comme ca. J'ai des discussions sur l'Europe avec mes corridormates et dans ces discussions je me sens Européenne et francaise. Les deux identités se mêlent.

Aujourd'hui j'ai l'impression qu'on a gâché un beau rêve, par manque de maturité, par peur, par manque de curiosité, d'imagination.

La conscience de l'Europe vient par la pratique. Je vous conseille définitivement d'aller voir ailleurs...en Europe. On devrait obliger chaque citoyen d'un des membres de l'union à passer six mois à l'étranger s'il veut obtenir la citoyenneté européenne. En Suède, on oblige bien les immigrés à suivre des cours du soir pour apprendre la langue et parvenir à s'intégrer ! Tout pareil, pour prétendre à la citoyenneté européenne, il faut s'intégrer. Il faut voyager, apprendre à connaitre le continent où l'on vit, parler à ses voisins. Qui dit que c'est aux turcs de devenir chrétiens ? C'est aux francais de devenir européens !

Etre pro-européen, ce n'est pas seulement être "pour les intérêts de la France" comme dit si joliment notre président, c'est autre chose. Est-ce que ca ne serait pas tout simplement être pour les intérêts de l'Europe ?

Ma conclusion, c'est qu'il n'y a pas encore de conscience européenne en France, qu'il faut déplacer le centre de gravité des nouvelles du JT sur le chaînes hertziennes, et instituer le "grand tour" d'Europe obligatoire pour tous les nouveaux jeunes citoyens franco-européens (18 ans) !

Posté par FleurdeCerisier à 15:10 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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