aubergesuédoise

15 juin 2005

Départs...

First and foremost, Tanja, ma colloc finlandaise, est repartie dans son pays, plus tôt que prévu. Il faut dire qu'elle y a trouvé un job d'été, guide dans un musée en plein air. Elle a une formation d'anthropologiste, et tout ce qu'elle avait jusqu'à présent, c'était un p'tit boulot avec des horaires pas possibles dans the elder care business...C'est peu dire qu'elle était contente. La personne avec qui je m'entendais le mieux dans le corridor est partie. À présent ça ne fait plus une grande différence puisqu'ils sont tous partis. Andrea qui était sympa aussi (2e sur ma liste), Tobias (le glaçon) n'a même pas daigné dire "salut je pars", et Hannah, toute souriante et tjs sapée comme une princesse, qui travaille à Uppsala pdt l'été, en Juillet, mais ça fait une semaine que je ne l'ai pas vue. Reste moi, moi et les poubelles.

Les copains français et erasmus et non-erasmus s'en vont aussi les uns après les autres. Arnaud fait un court passage en Italie pour visiter d'autres Erasmus. Les italiennes, lithuaniennes, portuguaises et autres sont parties s'en qu'on s'en aperçoive. Une bonne partie des allemands aussi. Ce we, c'était un we d'aurevoir : une bouffe tous les soirs (nos estomacs on été mis à rude épreuve), un dernier petit tour à Gräsö comme on se l'était promis, on patauge un peu dans la Baltique (c'est pas aussi chaud que ce à quoi on s'attendait, mais ça valait le coup). Une dernière soirée avec guitares et chansons à la clef. Une dernière discussion jusqu'à 2h du mat. "promis on s'écrira" , "faut que tu passes me rendre visite à Grenoble, on fera du ski, et puis Lyon, c'est pas si loin". Peut-être, ça me dirait bien. Tanja m'a écrit une lettre, je suis agréablement surprise, je n'y croyait pas trop. Peut-être qu'après tout, il restera autre chose que de magnifiques souvenirs...

Je souhaite à tous une bonne route, et toutes les meilleures choses du monde.

C'est pas encore fini pour moi, plus qu'un mois.

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08 juin 2005

Wanted

Une prime est offerte pour qui trouvera Mr Per Norblad.

Je cherche mon maître de stage. On avait RDV ce matin, et je ne l'ai pas trouvé en arrivant (il est vrai que je me suis pointée un peu à la bourre).

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31 mai 2005

The Mamas and the Papas

DREAM A LITTLE DREAM OF ME
(Kahn-Schwandt-Andre)

Stars shining bright above you
Night breezes seem to whisper "I love you"
Birds singin' in the sycamore tree
Dream a little dream of me

Say nighty-night and kiss me
Just hold me tight and tell me you'll miss me
While I'm alone and blue as can be
Dream a little dream of me

Stars fading but I linger on dear
Still craving your kiss
I'm longing to linger till dawn dear
Just saying this

Sweet dreams till sunbeams find you
Sweet dreams that leave all worries behind you
But in your dreams whatever they be
Dream a little dream of me

------ piano ------

Stars fading but I linger on dear
Still craving your kiss
I'm longing to linger till dawn dear
Just saying this

Sweet dreams till sunbeams find you
Sweet dreams that leave all worries far behind you
But in your dreams whatever they be
Dream a little dream of me

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30 mai 2005

Addendum

Au moins j'ai rien à me reprocher, j'ai fait mon devoir civique. Mais alors pourquoi est-ce que je suis si triste ?

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Référendum - Erasmus obligatoire (3)

Je suis triste que le oui ne soit pas passé.

Je suis pour l'Europe. Comme tout le monde je me suis posé des questions. Essentiellement, est-ce que cette constitution n'est pas trop libérale ?

J'ai jugé que comme nous étions 25, cette constitution devait être le fruit d'une négociation, d'un compromis, qu'on ne pouvait pas tout avoir, et qu'il fallait faire des concessions.  Qu'il fallait espérer que nos représentants politiques l'avait bien négocié, ce traité. Qu'on ne pouvait pas les accuser d'ultra-libéralisme si on les comparait aux britanniques ou aux polonais (je crois qu'à part dans les pays nordiques, nous sommes les plus à gauche en Europe).

Et puis je ne voulais pas faire partie du camp des gens qui avaient peur (peur de l'entrée de la Turquie - question qui n'avait rien à voir avec ce référendum - peur de l'élargissement, peur de la globalisation). Dans le camp du non,  dans le repli sur soi, les extrêmes se rejoignent. Xénophobie et rejet de la classe politique (même justifié), peur pour les acquis nationaux-sociaux et angoisse identitaire. Je ne voulais pas être de ces gens là.

Et il y a le fait d'être francaise en Suède alors que le débat faisait rage en France : il était beaucoup plus facile de se démarquer de la politique franco-francaise (pas de cédille pour cause de clavier suédois). Plus de recul. On sait ce pourquoi l'on vote. Bien que l'opportunisme des hommes politiques des différents partis et courants soit flagrant (l'aftermath du référendum est écoeurant), on ne prend pas la mouche pour autant (et incidemment on ne vote pas pour protester contre le gouvernement en place). On pense comme un(e) européen(ne). J'ai rencontré des tchèques et des estoniens (je suis allée en Estonie, même brièvement), les "pays de l'est" sont plus concrets pour moi à présent . Les enjeux de ces élections étaient importants, comme l'étaient ceux des présidentielles de 2002. Je trouve très dommage que cela n'ait servi à rien, qu'on ait pas compris que le vote protestataire etait dangereux et irresponsable.

La Suède est très eurosceptique. Il n'y aura pas de référendum ici. Les suédois (9 millions de suédois) sont très attachés à leur privilèges sociaux (le paysage politique en Suède et dans les pays nordiques est plus à gauche que dans n'importe quel pays d'Europe), et j'ai constaté avec étonnement, très attachés à leur identité nationale aussi (c'est une monarchie parlementaire, ils ont refusé l'€). Préférence nationale, socialisme et eurosceptiscisme peuvent aller de pair. Il est aussi à noter aue la Suède se veut un pays "neutre".

Quand on est à l'étranger, on ressent son appartenance à sa nation plus qu'à l'accoutumée. Je ne me dis pas que je suis francaise en France. Je le faisais aux Etats Unis, au Vietnam, au Togo, je le fais ici aussi. Mais à présent, tout comme sur mon passeport, où il est mentionné que je suis citoyenne européenne, s'ajoute une nuance supplémentaire :  la conscience d'être européenne. Quand on parle du coût du voyage en Norvège avec notre amie tchèque, c'est en € qu'on le fait. Ca à l'air de rien comme ca. J'ai des discussions sur l'Europe avec mes corridormates et dans ces discussions je me sens Européenne et francaise. Les deux identités se mêlent.

Aujourd'hui j'ai l'impression qu'on a gâché un beau rêve, par manque de maturité, par peur, par manque de curiosité, d'imagination.

La conscience de l'Europe vient par la pratique. Je vous conseille définitivement d'aller voir ailleurs...en Europe. On devrait obliger chaque citoyen d'un des membres de l'union à passer six mois à l'étranger s'il veut obtenir la citoyenneté européenne. En Suède, on oblige bien les immigrés à suivre des cours du soir pour apprendre la langue et parvenir à s'intégrer ! Tout pareil, pour prétendre à la citoyenneté européenne, il faut s'intégrer. Il faut voyager, apprendre à connaitre le continent où l'on vit, parler à ses voisins. Qui dit que c'est aux turcs de devenir chrétiens ? C'est aux francais de devenir européens !

Etre pro-européen, ce n'est pas seulement être "pour les intérêts de la France" comme dit si joliment notre président, c'est autre chose. Est-ce que ca ne serait pas tout simplement être pour les intérêts de l'Europe ?

Ma conclusion, c'est qu'il n'y a pas encore de conscience européenne en France, qu'il faut déplacer le centre de gravité des nouvelles du JT sur le chaînes hertziennes, et instituer le "grand tour" d'Europe obligatoire pour tous les nouveaux jeunes citoyens franco-européens (18 ans) !

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29 mai 2005

Bonne fête Maman

Bonne fête Maman et vive l'Europe !

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28 mai 2005

L'an dernier, j'étais au Togo...

http://www.bleu-media.com/ozia/amou-oblo.html

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Le Passe Muraille - Marcel Aymé

Début de la nouvelle Le Passe-Muraille

Il y avait à Montmartre, au troisième étage du 75bis de la rue d'Orchampt, un excellent homme nommé Dutilleul qui possédait le don singulier de passer à travers les murs sans en être incommodé. Il portait un binocle, une petite barbiche noire et il était employé de troisième classe au ministère de l'Enregistrement. En hiver, il se rendait à son bureau par l'autobus, et, à la belle saison, il faisait le trajet à pied, sous son chapeau melon.
Dutilleul venait d'entrer dans sa quarante-troisième année lorsqu'il eut la révélation de son pouvoir. Un soir, une courte panne d'électricité l'ayant surpris dans le vestibule de son petit appartement de célibataire, il tâtonna un moment dans les ténèbres et, le courant revenu, se trouva sur le palier du troisième étage.

Début de la nouvelle Les Sabines

Il y avait à Montmartre, dans la rue de l'Abreuvoir, une jeune femme prénommée Sabine, qui possédait le don d'ubiquité. Elle pouvait à son gré se multiplier et se trouver en même temps, de corps et d'esprit, en autant de lieux qu'il lui plaisait souhaiter. Comme elle était mariée et qu'un don si rare n'eût pas manqué d'inquiéter son mari, elle s'était gardée de lui en faire la révélation et ne l'utilisait guère que de son appartement, aux heures où elle y était seule. Le matin, par exemple, en procédant à sa toilette, elle se dédoublait ou se détriplait pour la commodité d'examiner son visage,son corps et ses attitudes. L'examen terminé, elle se hâtait de se rassembler, c'est-à-dire de se fondre en une seule et même personne. Certains après-midi d'hiver ou de grande pluie qu'elle avait peu d'entrain à sortir, il arrivait aussi à Sabine de se multiplier par dix ou par vingt, ce qui lui permettait de tenir une conservation avec elle-même. Antoine Lemurier, son mari, sous-chef du contentieux à la S.B.N.C.A., était loin de soupçonner la vérité et croyait fermement qu'il possédait, comme tout le monde, une femme indivisible. Une seule fois, rentrant chez lui à l'improviste, il s'était trouvé en présence de trois épouses rigoureusement identiques, aux attitudes près, et qui le regardaient de leurs six yeux pareillement bleus et limpides, de quoi il était resté coi et la bouche un peu bée. Sabine s'étant aussitôt rassemblée, il avait cru être victime d'un malaise, opinion dans laquelle il s'était entendu confirmer par le médecin de la famille, qui diagnostiqua une insuffisance hypophysaire et prescrivit quelques remèdes chers.

Un soir d'avril, après dîner, Antoine Lemurier vérifiait des bordereaux sur la table de la salle à manger et Sabine, assise dans un fauteuil, lisait une revue de cinéma. Levant les yeux sur sa femme, il fut surpris de son attitude et de l'expression de sa physionomie. La tête inclinée sur l'épaule, elle avait laissé tomber son journal. Ses yeux agrandis brillaient d'un éclat doux, ses lèvres souriaient, son visage resplendissait d'une joie ineffable. Ému et émerveillé, il s'approcha sur la pointe des pieds, se pencha sur elle avec dévotion et ne comprit pas pourquoi elle l'écartait d'un mouvement impatient. Voilà ce qui s'était passé.

Huit jours auparavant, dans le tournant de l'avenue Junot, Sabine rencontrait un garçon de vingt-cinq ans qui avait les yeux noirs. Lui barrant délibérément le passage il avait dit: « Madame » et Sabine, le menton haut et l'œil terrible : « Mais, Monsieur. » Si bien qu'une semaine plus tard, en cette fin de soirée d'avril, elle se trouvait à la fois chez elle et chez ce garçon aux yeux noirs, qui s'appelait authentiquement Théorème et se prétendait artiste peintre.

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Erratum

En fait, les héros du Voyage au centre de la Terre commencent leur descente en Islande, et resortent au niveau du Stromboli, en Italie.

XLIV

Quand je rouvris les yeux, je me sentis serré à la ceinture par la main vigoureuse du guide. De l’autre main il soutenait mon oncle. Je n’étais pas blessé grièvement, mais brisé plutôt par une courbature générale. Je me vis couché sur le versant d’une montagne, à deux pas d’un gouffre dans lequel le moindre mouvement m’eût précipité. Hans m’avait sauvé de la mort, pendant que je roulais sur les flancs du cratère.

«Où sommes-nous?» demanda mon oncle, qui me parut fort irrité d’être revenu sur terre.

Le chasseur leva les épaules en signe d’ignorance.

«En Islande? dis-je.

—«Nej,» répondis Hans.

—Comment! non! s’écria le professeur.

—Hans se trompe,» dis-je en me soulevant.

Après les surprises innombrables de ce voyage, une stupéfaction nous était encore réservée. Je m’attendais à voir un cône couvert de neiges éternelles, au milieu des arides déserts des regions septentrionales, sous les pâles rayons d’un ciel polaire, au delà des latitudes les plus élevées, et, contrairement à toutes ces prévisions, mon oncle, l’Islandais et moi, nous étions étendus à mi-flanc d’une montagne calcinée par les ardeurs du soleil qui nous dévorait de ses feux.

Je ne voulais pas en croire mes regards; mais la réelle cuisson dont mon corps était l’objet ne permettait aucun doute. Nous étions sortis à demi nus du cratère, et l’astre radieux, auquel nous n’avions rien demandé depuis deux mois, se montrait à notre égard prodigue de lumière et de chaleur et nous versait à flots une splendide irradiation.

Quand mes yeux furent accoutumés à cet éclat dont ils avaient perdu l’habitude, je les employai à rectifier les erreurs de mon imagination. Pour le moins, je voulais être au Spitzberg, et je n’étais pas d’humeur à en démordre aisément.

Le professeur avait le premier pris la parole, et dit:

«En effet, voilà qui ne ressemble pas à l’Islande.

—Mais l’île de Jean Mayen? répondis-je.

—Pas davantage, mon garçon. Ceci n’est point un volcan du nord, avec ses collines de granit et sa calotte de neige.

—Cependant...

Regarde. Axel, regarde!»

Au-dessus de notre tête, à cinq cents pieds au plus, s’ouvrait le cratère d’un volcan par lequel s’échappait, de quart d’heure en quart d’heure, avec une très forte détonation, une haute colonne de flammes, mêlée de pierres ponces, de cendres et de laves. Je sentais les convulsions de la montagne qui respirait à la façon des baleines, et rejetait de temps à autre le feu et l’air par ses énormes évents. Au-dessous, et par une pente assez roide, les nappes de matières éruptives s’étendaient à une profondeur de sept à huit cents pieds, ce qui ne donnait pas au volcan une hauteur de cent toises. Sa base disparaissait dans une véritable corbeille d’arbres verts; parmi lesquels je distinguai des oliviers, des figuiers et des vignes chargées de grappes vermeilles.

Ce n’était point l’aspect des régions arctiques, il fallait bien en convenir.

Lorsque le regard franchissait cette verdoyante enceinte, il arrivait rapidement à se perdre dans les eaux d’une mer admirable ou d’un lac, qui faisait de cette terre enchantée une île large de quelques lieues, à peine. Au levant, se voyait un petit port précédé de quelques maisons, et dans lequel des navires d’une forme particulière se balançaient aux ondulations des flots bleus. Au delà, des groupes d’îlots sortaient de la plaine liquide, et si nombreux, qu’ils ressemblaient à une vaste fourmilière. Vers le couchant, des côtes éloignées s’arrondissaient à l’horizon sur les unes se profilaient des montagnes bleues d’une harmonieuse conformation; sur les autres, plus lointaines, apparaissait un cône prodigieusement élevé au sommet duquel s’agitait un panache de fumée. Dans le nord, une immense étendue d’eau étincelait sous les rayons solaires, laissant poindre ça et là l’extrémité d’une mâture ou la convexité d’une voile gonflée au vent.

L’imprévu d’un pareil spectacle en centuplait encore les merveilleuses beautés,

«Où sommes-nous? où sommes-nous?» répétais-je à mi-voix.

Hans fermait les yeux avec indifférence, et mon oncle regardait sans comprendre.

«Quelle que soit cette montagne, dit-il enfin, il y fait un peu chaud; les explosions ne discontinuent pas, et ce ne serait vraiment pas la peine d’être sortis d’une éruption pour recevoir un morceau de roc sur la tête. Descendons, et nous saurons à quoi nous en tenir. D’ailleurs je meurs de faim et de soif.»

Décidément le professeur n’était point un esprit contemplatif. Pour mon compte, oubliant le besoin et les fatigues, je serais resté à cette place pendant de longues heures encore, mais il fallut suivre mes compagnons.

Le talus du volcan offrait des pentes très raides; nous glissions dans de véritables fondrières de cendres, évitant les ruisseaux de lave qui s’allongeaient comme des serpents de feu. Tout en descendant, je causais avec volubilité, car mon imagination était trop remplie pour ne point s’en aller en paroles.

«Nous sommes en Asie, m’écriai-je, sur les côtes de l’Inde, dans les îles Malaises, en pleine Océanie! Nous avons traversé la moitié du globe pour aboutir aux antipodes de l’Europe.

—Mais la boussole? répondit mon oncle.

—Oui! la boussole! disais-je d’un air embarrassé. A l’en croire, nous avons toujours marché au nord.

—Elle a donc menti?

—Oh! menti!

—A moins que ceci ne soit le pôle nord!

—Le pôle! non; mais...»

II y avait là un fait inexplicable. Je ne savais qu’imaginer.

Cependant nous nous rapprochions de cette verdure qui faisait plaisir à voir. La faim me tourmentait et la soif aussi. Heureusement, après deux heures de marche, une jolie campagne s’offrit à nos regards, entièrement couverte d’oliviers, de grenadiers et de vignes qui avaient l’air d’appartenir à tout le monde. D’ailleurs, dans notre dénûment, nous n’étions point gens à y regarder de si près. Quelle jouissance ce fut de presser ces fruits savoureux sur nos lèvres et de mordre à pleines grappes dans ces vignes vermeilles! Non loin, dans l’herbe, à l’ombre délicieuse des arbres, je découvris une source d’eau fraîche, où notre figure et nos mains se plongèrent voluptueusement.

Pendant que chacun s’abandonnait ainsi à toutes les douceurs du repos, un enfant apparut entre deux touffes d’oliviers.

«Ah! m’écriai-je, un habitant de cette heureuse contrée!»

C’était une espèce de petit pauvre, très misérablement vêtu, assez souffreteux, et que notre aspect parut effrayer beaucoup; en effet, demi-nus, avec nos barbes incultes, nous avions fort mauvaise mine, et, à moins que ce pays ne fût un pays de voleurs, nous étions faite de manière à effrayer ses habitants.

Au moment ou le gamin allait prendre la fuite, Hans courut après lui et le ramena, malgré ses cris et ses coups de pied.

Mon oncle commença par le rassurer de son mieux et lui dit en bon allemand:

«Quel est le nom de cette montagne, mon petit ami?»

L’enfant ne répondit pas.

«Bon, fit mon oncle, nous ne sommes point en Allemagne.»

Et il redit la même demande en anglais.

L’enfant ne répondit pas davantage. J’étais très intrigué.

«Est-il donc muet?» s’écria le professeur, qui, très fier de son polyglottisme, recommença la même demande en français.

Même silence de l’enfant.

«Alors essayons de l’italien», reprit mon oncle; et il dit en cette langue:

«Dove noi siamo?

—Oui! où sommes-nous?» répétai-je avec impatience.

L’enfant de ne point répondre.

«Ah ça! parleras-tu? s’écria mon oncle, que la colère commençait à gagner, et qui secoua l’enfant par les oreilles. Come si noma, questa isola?

—Stromboli,» répondit le petit pâtre, qui s’échappa des mains de Hans et gagna la plaine à travers les oliviers.

Nous ne pensions guère à lui! Le Stromboli! Quel effet produisit sur mon imagination ce nom inattendu! Nous étions en pleine Méditerranée, au milieu de l’archipel éolien de mythologique mémoire, dans l’ancienne Strongyle, ou Éole tenait à la chaîne les vents et les tempêtes. Et ces montagnes bleues qui s’arrondissaient au levant, c’étaient les montagnes de la Calabre! Et ce volcan dressé à l’horizon du sud, l’Etna, le farouche Etna lui-même.

«Stromboli! le Stromboli!» répétai-je.

Mon oncle m’accompagnait de ses gestes et de ses paroles. Nous avions l’air de chanter un choeur!

Ah! quel voyage! Quel merveilleux voyage! Entrés par un volcan, nous étions sortis par un autre, et cet autre était situé à plus de douze cents lieues du Sneffels, de cet aride pays de l’Islande jeté aux confins du monde! Les hasards de cette expédition nous avaient transportés au sein des plus harmonieuses contrées de la terre! Nous avions abandonné la région des neiges éternelles pour celle de la verdure infinie et laissé au-dessus de nos têtes le brouillard grisâtre des zones glacées pour revenir au ciel azuré de la Sicile!

Après un délicieux repas composé de fruits et d’eau fraîche, nous nous remîmes en route pour gagner le port de Stromboli. Dire comment nous étions arrivés dans l’île ne nous parut pas prudent: l’esprit superstitieux des Italiens n’eût pas manqué de voir en nous dés démons vomis du sein des enfers; il fallut donc, se résigner à passer pour d’humbles naufragés. C’était moins glorieux, mais plus sûr.

Chemin faisant, j’entendais mon oncle murmurer:

«Mais la boussole! la boussole, qui marquait le nord! comment expliquer ce fait?

—Ma foi! dis-je avec un grand air de dédain, il ne faut pas l’expliquer, c’est plus facile!

—Par exemple! un professeur au Johannaeum qui ne trouverait pas la raison d’un phénomène cosmique, ce serait une honte!»

En parlant ainsi, mon oncle, demi-nu, sa bourse de cuir autour des reins et dressant ses lunettes sur son nez, redevint le terrible professeur de minéralogie.

Une heure après avoir quitté le bois d’oliviers, nous arrivions au port de San-Vicenzo, où Hans réclamait le prix de sa treizième semaine de service, qui lui fut compté avec de chaleureuses poignées de main.

En cet instant, s’il ne partagea pas notre émotion bien naturelle, il se laissa aller du moins à un mouvement d’expansion extraordinaire.

Du bout de ses doigts il pressa légèrement nos deux mains et se mit à sourire.

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Là où j'aimerai vraiment aller

http://www.svalbard-images.com/svalbard.php
Il y a une île au nord de la Norvège, Svalbard. C'est la dernière terre ferme avant le pôle nord...
PS :  je crois que c'est là que les héros de Voyage au centre de la Terre commencent leur voyage.

Posté par FleurdeCerisier à 12:30 - - Commentaires [0] - Permalien [#]